La maréchalerie au féminin

 

Le constat est grandissant au sein des centres de formation et chez les maîtres d‘apprentissage : de plus en plus de femmes souhaitent se destiner au métier de maréchal-ferrant, un travail passion, physique, et parfois précaire. Tour d’horizon de ces femmes maréchales grâce au témoignage de Sabine Valladas, patronne de Unicorne Maréchalerie en Dordogne depuis cinq ans.

Ekico : Sabine, merci pour le temps accordé à cette interview sur le sujet des femmes maréchales. Vous exercez depuis maintenant plusieurs années ; pourquoi avez-vous choisi cette voie, initialement plutôt empruntée par des hommes ?

Sabine Valladas : J’ai toujours eu un intérêt particulier pour les chevaux et leur locomotion. Enfant déjà, j’aimais observer comment et avec quelle élégance ils se déplaçaient, jouaient ou ruaient. J’ai eu la chance d’avoir un shetland dont je me réjouissais de lui apprendre quelques tours de cirque. J’imaginais alors des mains à la place de ses sabots. J’ai compris bien des années après, lors de mes premières initiations à la maréchalerie, que le terme main était en réalité plutôt juste ! Adolescente, en centre équestre, j’étais attentive à ce que tous les sabots soient bien curés avant et après chaque séance. On m’a en effet plutôt dissuadé d’aller dans cette voie mais j’ai persévéré. J’ai finalement débuté mon activité à 34 ans !

Ekico : D’expérience, pensez-vous que le turn-over est plus important chez les femmes, chez les hommes, ou que c'est identique pour les deux genres ? Quel est votre secret pour durer dans la profession ?

Sabine Valladas : Je pense que cette reconversion est plus visible chez les femmes. Lors de ma formation pour adulte en 2015, même s’ il y avait une parité de femmes et d’hommes, les femmes étaient âgées de 5 à 10 ans de plus que les hommes. Pour la plupart, elles étaient mères de famille d’enfants scolarisés et à un tournant de leur carrière professionnelle. Elles pouvaient aussi compter sur le soutien moral et financier de leurs maris. Toutes possédaient un ou plusieurs chevaux. Les hommes, pour la plupart, étaient célibataires et/ou sans enfants, tous ne possédaient pas de chevaux mais ils étaient néanmoins tous cavaliers, toute discipline confondue.

Les femmes semblaient plus dans la recherche de compréhension de l’anatomie de leurs chevaux et l’analyse des malencontreuses expériences qu’elles ont eues par le passé avec d’anciens maréchaux. On retrouve néanmoins chez tous le souhait de participer au bien-être des chevaux et d’établir une communication avec les propriétaires.

Le secret pour durer dans la profession ? Un mental d’acier, travailler avec son cœur, être vigilante et attentive à tout ce qui pourrait nous mettre en danger, et faire un minimum de sport pour garder une bonne tonicité !

Ekico : Dans votre quotidien, travaillez-vous avec des apprenti(e)s ? Pensez-vous que certaines missions sont mieux réalisées par les femmes, et d’autres par les hommes ?

Sabine ValladasJ’ai seulement eu une seule expérience en tant que maître d’apprentissage. Mon apprentie était une femme, et j’en ai été ravie ! Elle était consciencieuse, réactive et volontaire. La maréchalerie reste un métier dangereux, où il est nécessaire d’avoir une silhouette musclée… et souvent de grandes mains ! Mais je trouve que cela s’équilibre et, qu’effectivement, certaines missions seront mieux réalisées par l’une ou l’autre selon la sensibilité et les capacités de chacun. Pour ma part, je jongle souvent avec ma part féminine et ma part masculine !

Ekico : Qu'en pensent vos clients ? Dans votre activité, pour quel type de clientèle travaillez-vous ?

Sabine Valladas : La plupart de mes clients(tes) me choisissent parce que je suis une femme. Ils considèrent sans doute qu’une femme aura plus de patience, de douceur, de communication, et une approche différente. Je remarque que les clients sont plus impressionnés et attentifs aux dangers potentiels lors de ma prestation ! Je travaille essentiellement avec des particuliers pratiquant une équitation de loisir, des centres équestres, des propriétaires d’ânes, ou encore de chevaux de trait. Certains font appel à mes services uniquement pour des soins, conseils et/ou bilans locomoteurs.

Ekico : Pour finir, quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent se dédier à cette carrière ou à vos consœurs déjà bien inscrites dans la profession ?

Sabine Valladas : Je pense que le diplôme (CAP Maréchalerie) tel qu’il est actuellement trop léger pour se lancer en autonomie à 18/22 ans. Poursuivre en BTM serait un plus. Même pour les personnes qui souhaiteraient s’orienter vers les parages pieds nus car, de par mon expérience, certaines pathologies nécessitent des orthèses temporaires pour une meilleure réhabilitation. Cela dit, pour les personnes souhaitant uniquement se destiner au parage, après l’obtention obligatoire du CAPA, il y a la possibilité par exemple d’intégrer l’Institut Français de Podologie Équine qui propose un module complémentaire et une formation certifiante (en cours d’étude par l’Etat pour qu’elle soit diplômante). Les jeunes femmes doivent être conscientes que ce n’est absolument pas recommandé de travailler enceinte, vu les postures et la dangerosité du métier et, avec un bébé en bas âge, c’est très compliqué…. Entre temps, on a souvent perdu notre forme physique et notre clientèle. L’idéal est de débuter en collaboration avec un ou plusieurs maréchaux avant de prendre son envol et ainsi pouvoir rester d’aplomb face à la clientèle et aux vétérinaires.

Les conseils que je cite valent à mon sens pour toutes les maréchales :

– avoir une approche globale du cheval (approche holistique) car chaque équidé est unique. Il faut avoir des connaissances sur tous les domaines qui gravitent autour des équidés.

– avoir le sens de la débrouille, du bricolage, et de la réparation.

– avoir confiance en soi mais aussi savoir se remettre en question.

– toujours lier douceur et fermeté.

– adopter de bonnes postures de travail pour minimiser la fatigue physique à court et long terme et rester alerte à toute situation dangereuse !

– se former à intervenir auprès des ânes car ce sont des équidés différents des chevaux, qui méritent aussi d’être suivis régulièrement et convenablement. Mal compris, ils sont plus dangereux que poneys et chevaux !

– faire un minimum de sport, marche, étirements, et bien se désaltérer.

– être conscientes de nos limites, sans être en peine de ne pouvoir faire mieux.

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