La gestion de la ténosynovite et tendinites associées d’un membre

Focus sur la gestion d’une jument cumulant : ténosynovite chronique sévère, tendinopathies chroniques du tendon fléchisseur superficiel et profond d’un même membre.

Un challenge nécessitant la collaboration entre médecine vétérinaire équine et maréchalerie, assuré par la clinique équine de Grosbois (94) et Alexandre Legrand, maréchal-ferrant (59).

La ténosynovite, explications

La ténosynovite est une inflammation de la gaine tendineuse, tissu entourant un tendon. La tendinite quant à elle est une inflammation du tendon lui-même.

Est appelée gaine digitale (GD) chez le cheval, la gaine entourant le tendon fléchisseur superficiel du doigt (TFSD) et le tendon fléchisseur profond (TFPD). La gaine digitale permet notamment la contention des tendons et le glissement de ces derniers lors des mouvements.

Source : Thèse LES TÉNOSYNOVITES DE LA GAINE DIGITALE CHEZ LE CHEVAL : ÉTUDE RÉTROSPECTIVE DE 102 CAS CLINIQUES
Exemple d’images ténoscopiques de la gaine digitale du cheval

L’inspection des gaines tendineuses se fait via ténoscopie. Cette technique chirurgicale est peu invasive et permet de détecter les lésions et leur importance, de nettoyer les infections, ou encore d'apporter des corrections lors de déchirures tendineuses ou ligamentaires.

L’importance des symptômes cliniques varie selon s’il s’agit d’inflammations aiguës ou chroniques et si d’autres structures sont atteintes ( lésions tendineuses ou ligamentaires associées, présence d’adhérences etc).

Les expressions cliniques courantes de la ténosynovite de la gaine digitale chez le cheval sont :

  • L’apparition de déformations molles (molettes tendineuses) plus ou moins fermes si présence de fibrose ou non.
  • Un gonflement de la région arrière du boulet.
  • Chaleur de la région du boulet et du paturon.
  • Sensibilité/Douleurs à la pression de la région du boulet et du paturon.
  • Une boiterie est observée selon les cas. Elle peut être sévère lorsque la ténosynovite est associée à des lésions tendineuses ou ligamentaires.

Jument atteinte de ténosynovite chronique sévère avec tendinopathie chronique du tendon fléchisseur superficiel et du tendon fléchisseur profond du postérieur.

La maréchalerie appliquée à la ténosynovite et tendinites associées

Dans ce type de cas, l’équipe vétérinaire en association avec le maréchal-ferrant référant, ont pour objectif de limiter au maximum les sollicitation de l’appareil tendineux. Il est tout de même nécessaire de veiller à permettre aux tendons fléchisseurs superficiels et profonds de pouvoir continuer à coulisser un minimum dans leur gaine respective.

Le fer à planche peut-être une ferrure préconisée dans ce type de pathologies de la locomotion du cheval.

De par sa conception, cette ferrure limite l’enfoncement du pied dans les sols meubles. Il est tout à fait proscrit durant la réhabilitation de faire évoluer le cheval sur des surfaces profondes, irrégulières ou glissantes.

Le fer à planche offre un soutien en partie postérieure du pied participant ainsi à un soulagement de l’appareil tendineux du membre.

Pour le plan de parage, le maréchal recherchera à équilibrer le pied sur le plan latéral et à parer davantage en pince. Une attention toute particulière est apportée à l’angle des talons qui doit être le plus important possible dans la limite du raisonnable afin de toujours favoriser le soulagement des tendons.

La prise de mesure Metron prend alors tout son sens pour surveiller avec précision l’angle de l’avant du pied par rapport au sol. Cette donnée est cruciale pour le bon rétablissement du cheval.

Les délais entre les ferrages sont courts (4 semaines) pour ne pas perdre trop d’angle au niveau des talons, ce qui amènerait à entretenir les complications tendineuses dont souffre le cheval.

Suivi et analyse des pieds

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Nouveau

06 Janvier 2023
Le mot du maréchal : Alexandre Legrand

"La prise en charge, parage et referrage, de cette jument ont représenté un véritable défi. Il fallait veiller à ne pas la blesser davantage, limiter au maximum les contraintes sur ses tendons. Il a fallu que je me plie en 4 pour remplir ce challenge !

Lors de ma première intervention, mon objectif était d’augmenter l’angle palmaire au maximum au moment du parage. Pour le ferrage, le choix de la taille du fer était très important. Il était préférable que la planche du fer vienne le plus possible à l’aplomb des glomes. Tout en couvrant également une partie de la pince et en respectant la tournure du pied."

Avant
Après

01 Mars 2023
Le mot du maréchal : Alexandre Legrand

"Début mars, nous avons pu constater une bonne amélioration de la locomotion. La jument ne boitait plus, son allure était plus déliée, avec un meilleur engagement des postérieurs.
Il a donc été décidé de maintenir la même stratégie de soin et de réhabilitation, en veillant à continuer à augmenter l’angle palmaire.

Malgré les améliorations cliniques dans la locomotion de la jument, j’ai pu encore constater de mon côté, en tant que maréchal-ferrant, de l’inconfort.
Lors de mon intervention je ressentais qu’elle n’était pas à l’aise à se maintenir trop longtemps sur son pied blessé quand je m’occupais du membre sain opposé. Cela demande de prendre en considération la douleur de l’animal et d’adapter le travail.

La boîte cornée était également déformée et je pouvais constater un déséquilibre entre les parois interne et externe du sabot. Cette conséquence était dûe au fait que la jument ne posait quasiment plus sur le membre blessé au début de la prise en charge. Ce déséquilibre était également à considérer lors de mon parage pour rétablir au fur et à mesure l’équilibre médio-latéral du pied."

La recommandation est de maintenir un fer à planche durant toute la convalescence et de veiller à un parage régulier des autres pieds. Une précaution particulière à la longueur de pince doit être apportée, afin de limiter le bras de levier et les efforts sur l’appareil tendineux lésé.

Le mot de la propriétaire

"Ma jument est âgée de 14 ans. Durant sa carrière, elle a principalement évolué en CSO et avant sa blessure elle était montée en dressage mais aussi pour faire de la balade. Elle n’a jamais eu aucun problème de santé.

Le 05/10/2022 matin, je l’ai trouvé dans son boxe, le postérieur en suspension et dans l’impossibilité de poser pour marcher.

Nous avons procédé par étape pour poser un diagnostic. La piste de l’abcès ou d’un souci autre au niveau du pied a été écartée rapidement. J’ai consulté plusieurs vétérinaires. Ceux-ci ont évoqué un éventuel problème de tendon mais sans certitude. Des radios et des échos ont été réalisés sans résultat. On m’a conseillé d’attendre pour voir. Elle a eu une infiltration mais aucune amélioration n’a pu être constatée.

Le 25/11/2022, je l’ai emmené à la clinique vétérinaire de Grosbois pour un examen complet. Son état était critique avec un risque d’engager son pronostic vital si nous avions tardé plus longtemps. La clinique a donc pu établir le diagnostic : tenosynovite chronique sévère, une tendinopathie chronique du tendon fléchisseur superficiel et du tendon fléchisseur profond. Elle a été hospitalisée et une ténoscopie a été programmée. Son opération à eu lieu le 26/11/2022.

La pathologie dont souffre ma jument peut être d’origine bactérienne. Elle est rare et grave. Même avec une opération, le risque de garder une boiterie importante à vie peut être élevé.

Suite à la chirurgie, en collaboration avec la clinique de Grosbois et mon maréchal Alexandre Legrand, un protocole de soins orthopédiques adapté à cette maladie à été mis en place. Le résultat parle de lui-même… La jument se déplace comme avant, sans aucune gêne…. Le chemin est encore long mais elle a retrouvé sa joie de vivre !"

La réhabilitation de la ténosynovite avec tendinites associées

La convalescence pour ce type de pathologies varie selon les cas, les soins apportés, la sévérité des lésions etc.

Dans le cas de cette jument, une période de repos strict au boxe durant 1 mois a été appliquée suivi d’un protocole progressif de remise en activité sous contrôle du vétérinaire traitant (allongement des temps de marche en main sur 12 semaines puis marche en main avec mise au paddock d’une surface de 10m*10m le mois suivant).

L'état des tendons et de la gaine digitale sont contrôlés par échographie à intervalle de 1 mois, 3 mois et 5 mois dans ce cas.

Pour cette jument, la sévérité des lésions tendineuses rend le pronostic sportif très réservé.

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